BLOGUE | Maintenir l’énergie du changement grâce aux processus d’évaluation du GIEC

par Daniel Morchain, Conseiller global – Adaptation aux changements climatiques, résilience et agriculture et Directeur de projet – ASSAR, Oxfam GB.

[L’IRCAAA soutient les chercheurs et les leaders d’opinion afin d’orienter les décisions internationales relatives au climat. La semaine dernière, Daniel Morchain a participé à la réunion exploratoire sur le 6e rapport d’évaluation du GIEC. Il nous a confié son sentiment sur l’avenir éventuel de cet instrument de politique.]

Une promesse a été formulée au début de la réunion exploratoire à multiples intervenants sur le sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental OMM/PNUE sur l’évolution du climat (GIEC), convoquée par le Red Cross/Red Crescent Climate Centre en collaboration avec le GIEC à Nairobi du 5 au 7 avril 2017. Les participants, et en particulier les scientifiques les plus traditionnels, allaient devoir sortir de leur zone de confort. À l’issue de la réunion trois jours plus tard, un consensus s’était dégagé sur la volonté de créer un espace où les scientifiques, les professionnels, les politiciens et la société civile se sentent capables de gérer ce malaise.

L’un des défis du 6e rapport d’évaluation, qui sera publié dans 4 ans environ, est d’être accessible à un plus grand nombre d’intervenants, tout en devenant plus pertinent et plus détaillé à des échelles réduites. De quelle façon ? En consultant un éventail plus large de documents et de récits, mais aussi de régions qui, malgré leur vulnérabilité aux changements climatiques, ont été peu étudiées par le monde scientifique.

Cet atelier a montré que le GIEC souhaite être plus inclusif et qu’il veut s’adresser aussi aux parties prenantes non-scientifiques. On saura bientôt dans quelle mesure le GIEC est vraiment capable d’évoluer. À titre d’exemple, quelle sera l’influence réelle du chercheur en sciences sociales nommé pour conseiller les principaux auteurs du groupe de travail no 2 ? Ou encore, est-ce que les structures qui appuient le travail du GIEC seront capables de faire les choses différemment ?

La documentation grise et le processus d’évaluation par les pairs

Pour ma part, je suis plutôt optimiste et je vois d’un bon œil l’invitation du GIEC à « blanchir la documentation grise », c’est-à-dire à favoriser une plus étroite collaboration entre les chercheurs et les professionnels, afin que l’expérience pratique de ces derniers fasse l’objet d’articles dans des revues à comité de lecture. Cette initiative me plaît, non seulement parce qu’elle apportera de nouvelles perspectives et des expériences personnelles dans le rapport d’évaluation, mais aussi parce qu’elle favorise les partenariats intersectoriels et l’échange de connaissances. L’Initiative de recherche concertée sur l’adaptation en Afrique et en Asie (IRCAAA) illustre ce type de partenariat qui, souhaitons-le, deviendra plus fréquent dans le secteur.

Je crois qu’il faut non seulement « blanchir la documentation grise », mais aussi prévoir plusieurs teintes de blanc. Il est en effet illusoire de penser que l’on puisse, ou que l’on doive, « blanchir » en masse la documentation grise. Si les connaissances ne peuvent être validées que par un processus d’évaluation par les pairs, alors on va ignorer une gamme importante de sources de savoir et, par conséquent, on sera incapable de relever le défi (et de répondre à la nécessité) d’être plus inclusifs et représentatifs au sein du GIEC dans la lutte contre les changements climatiques.

La gouvernance et la compréhension des risques

À la réunion de Nairobi, on s’est entendu sur le fait que le risque climatique ne se limite pas simplement au risque d’être emporté par une inondation. La notion doit être définie de façon plus large dans le contexte du développement, en reconnaissant l’influence du pouvoir, des rapports entre les sexes, de l’identité, de la culture et très certainement de la gouvernance dans l’évolution de la vulnérabilité et des risques. Ainsi, le risque climatique ne devrait jamais être par défaut à la base d’un plan de développement.

Ceux d’entre nous qui travaillent sur les questions climatiques doivent reconnaître le rôle important que nous jouions dans le développement, tout en reconnaissant que, la plupart du temps, la vulnérabilité actuelle et à venir est déterminée par des facteurs autres que le climat.

Il s’agit non seulement d’insérer la question de la documentation grise dans le 6e rapport d’évaluation, mais aussi de susciter l’intérêt des scientifiques.

Ainsi, nous revenons à la case départ : un long processus vers le 6e rapport d’évaluation, une structure assez rigide, mais aussi des personnes à l’intérieur et à l’extérieur qui veulent des changements. Le GIEC ne peut pas y arriver seul. Comme l’a signalé l’un des participants à la réunion de Nairobi, on donne souvent trop de responsabilités au GIEC. Le succès dépendra de notre capacité à travailler efficacement avec le GIEC et, à titre de parties prenantes dans le développement, à intégrer nos connaissances et à conserver et communiquer l’énergie positive générée durant la réunion.

Le 6e rapport d’évaluation a aussi le potentiel d’être transformateur, car le GIEC, qui a déjà fait passer le message que les changements climatiques sont générés par les humains (remportant ainsi un prix Nobel), peut désormais devenir un instrument d’appui des décisions intelligentes en matière de climat et de développement, et ce aux différents échelons de gouvernance.

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