BLOGUE | Envisager l’avenir avec empathie : réflexions sur la méthodologie de préparation de scénarios de transformation et son utilisation dans le cadre du projet ASSAR

Par Chandni Singh, chercheure postdoctorante, Indian Institute of Human Settlements (IIHS), ASSAR

L’IRCAAA vise à produire de nouvelles connaissances de façon à améliorer les politiques et pratiques en matière d’adaptation aux changements climatiques. Toutefois, un des principaux défis qu’ont à relever les spécialistes des changements climatiques consiste à motiver les personnes vulnérables et les responsables des politiques de sorte qu’ils prennent des mesures d’adaptation maintenant, même si les avantages de celles­ci pourraient ne pas être perceptibles avant un certain temps. Les expériences passées montrent que les obstacles au changement de comportement peuvent être de nature cognitive (les changements climatiques représentent un problème trop abstrait et de trop grande envergure pour qu’on s’y attarde au quotidien), financière (les pays les moins avancés pourraient hésiter à investir dans une technologie coûteuse), technologique (absence de technologie appropriée pour prendre des mesures d’adaptation efficaces), scientifique (incertitude par rapport aux projections climatiques) ou institutionnelle (instabilité politique éclipsant les préoccupations liées au climat). Dans une telle situation, promouvoir des mesures de lutte contre les changements climatiques qui sont acceptables pour une variété d’intervenants est presque impossible et pourrait décourager les décideurs de prendre quelque mesure que ce soit.

Dans le cadre du projet Adaptation à différentes échelles dans les régions semi-arides (ASSAR), qui est l’un des quatre consortiums de recherche financés par l’IRCAAA, des équipes de partout en Afrique et en Inde tentent de déterminer de quelle façon une telle inertie peut être surmontée dans ce genre de situations « difficiles », surtout en présence de problèmes épineux très complexes (comme les changements climatiques) dans des contextes désorganisés et incertains, notamment dans des pays qui se développent rapidement, comme l’Inde et le Ghana. Cela nous ramène à la question fondamentale à laquelle l’équipe du projet ASSAR tente de répondre : qu’est­ce qui empêche ou permet une adaptation efficace, à grande échelle et durable dans les régions semi­arides ?

L’une des méthodes prometteuses que l’équipe du projet ASSAR a mises à l’essai est l’utilisation d’une méthodologie connue sous le nom de préparation de scénarios de transformation. La préparation de scénarios de transformation a été utilisée partout dans le monde, de l’Afrique du Sud post­apartheid aux nouvelles démocraties partout en Amérique latine. À la suite d’expériences prometteuses au Ghana et au Mali, en octobre 2016, l’équipe indienne du projet ASSAR a coorganisé un atelier de formation sur la préparation de scénarios de transformation et y a participé afin de déterminer si cette méthodologie peut être utilisée pour élaborer des scénarios de transformation en lien avec l’avenir des ressources hydriques à Bangalore.

Au sujet des scénarios de transformation : Les scénarios de transformation ne visent pas à prévoir l’avenir, mais bien à le créer. Bien que la plupart des méthodes de planification soient axées sur l’adaptation, les scénarios de transformation ne visent pas seulement à comprendre l’avenir et à s’y adapter, mais aussi à le façonner. Le processus structuré, mais créatif aide divers intervenants à voir les différentes possibilités qui s’offrent à eux et à découvrir ce qu’ils peuvent et doivent faire. Élaborer des scénarios de transformation peut, au fil du temps, inciter à travailler conjointement dans des laboratoires sociaux.

Fonctionnement des scénarios de transformation : Les scénarios de transformation permettent à divers intervenants de trouver une façon de résoudre des situations polarisées ou difficiles. Le processus simplifié combine l’imagination et la rigueur. Celui­ci est utile lorsque diverses personnes font face à un défi complexe qui est d’importance vitale pour eux, mais n’ont pas voulu ou pu collaborer, peut­être parce qu’elles ne s’entendaient pas sur la nature même du problème. Les scénarios de transformation permettent à ces gens d’établir une compréhension commune, des relations plus fortes ainsi que des intentions plus claires, facilitant ainsi la prise de mesures qui contribueront à façonner un meilleur avenir. Tiré du site Web de Reos Partners.

La précarité de la situation de Bangalore en ce qui a trait à l’eau, laquelle est caractérisée par des lacs pollués, un développement immobilier insensible à l’environnement et une importante extraction des eaux souterraines, est accentuée par la croissance rapide de la ville et par des services publics et des systèmes d’infrastructure inadéquats. De plus, la récente orientation en matière de développement de la ville n’est pas très prometteuse : des travaux de recherche présentés par l’équipe du projet ASSAR à la conférence Adaptation Futures en mai 2016 ont montré que le développement urbain de Bangalore réduit les options d’adaptation qui s’offrent à la ville à l’heure actuelle et dans un avenir rapproché.

En raison des intérêts multiples et divergents des responsables des politiques, des environnementalistes, des citadins et de l’industrie de la construction, le thème « Bangalore’s Water Future (avenir des ressources hydriques à Bangalore) » a été utilisé afin de favoriser la compréhension de l’applicabilité du processus de préparation de scénarios de transformation. Pour obtenir plus de détails sur les conclusions de l’équipe du projet ASSAR et sur le fonctionnement du processus de préparation de scénarios de transformation, veuillez lire le billet de blogue détaillé ici.

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